Pas à pas

Pas à pas rappelle les 6000 km parcourus par Stanley Vollant au cours des dernières années à la rencontre d’Autochtones de part et d’autre du Québec. À travers différent chemin, nous y trouverons les moments clés dans la vie de Stanley Vollant et les personnes ayant été inspirées par les actions du docteur.

La beauté délicate de Sophie

Dave Garneau est infirmier à l'hôpital de Dolbeau-Misstassini et il a connu Stanley Vollant au travers de ses fonctions. Une inspiration prônant l'ouverture sur les cultures, la tolérance, l'espoir chez les moins fortunés, Dave croit que Stanley est porteur d'un message plus grand qu'eux.En 1995, ma femme et moi avons voulu avoir un enfant. Alors, comme tous les couples, on a essayé, mais après plusieurs mois, rien ne fonctionnait et notre degré de frustration augmentait. Il faut dire que, un an après être devenu médecin, je sentais la pression sociale. Je m’étais mis dans la tête que de réussir sa vie, c’était d’avoir un bon job et des enfants! C’est dans cet état d’esprit que ma conjointe et moi avons vu à la télé un reportage sur les orphelinats chinois, où le taux de mortalité chez les jeunes filles était particulièrement élevé. Ça nous a beaucoup touchés et on s’est dit que puisqu’on ne pouvait pas avoir d’enfant pour le moment, on allait aller chercher une petite Chinoise pour la sauver. Après un long processus d’adoption, nous sommes allés en Chine en octobre 1996 pour y chercher notre fille. Quand je l’ai prise dans mes bras, j’ai pleuré à chaudes larmes. Je ne pensais pas que je serais aussi heureux. Elle n’avait que neuf mois et je pensais à tout ce qu’elle avait déjà vécu. On avait déjà un prénom en tête pour elle: Marie-Alice. Marie en raison de ma grand-mère Marianna, et Alice pour ma tante Alice, qui s’occupait de moi enfant. Toutes deux étaient décédées l’année précédente. Mais quand on m’a présenté ma fille, on m’a dit que son nom chinois était Sho Phe Yang, Sho Phe signifiant « beauté délicate ». On a donc décidé de l’appeler Sophie-Alice.

L’admission de Stanley Vollant à l’Université de Montréal

La première opération de Dr.Vollant

Mon ami John

J’ai eu la chance d’entrer en médecine en 1984 grâce à un programme spécial. L’année suivante, l’Université de Montréal a admis un autre étudiant autochtone, un Ojibwé de l’île Manitoulin qui s’appelait John Big-Canoe. On me l’a présenté et on m’a demandé de m’occuper de lui afin de l’aider à réussir ses études. Il était physiothérapeute, déjà père de deux ou trois enfants, et après plusieurs tentatives, il venait enfin d’être accepté en médecine. Nous sommes devenus de grands amis. Comme deux premiers étudiants autochtones en médecine à l’université, on faisait connaitre les Premières Nations à nos collègues de classe. En 1994, après avoir complété notre spécialité chacun de notre côté, nous nous sommes revus avec plaisir à un pow-wow qui se tenait à Kanesatake. Il m’a dit qu’il pratiquait depuis un mois sur l’île Manitoulin et qu’il prenait régulièrement son canot pour visiter des patients sur les petites îles environnantes. Nous nous étions promis de nous revoir, mais deux mois plus tard j’ai appris son décès. De grands vents sur le lac avaient fait chavirer son canot et il s’était noyé. Quelle triste fin que de mourir ainsi ! Un mois seulement après avoir terminé de longues études en médecine, c’était une drôle de destinée. Des années plus tard, j’ai proposé son nom pour un prix auprès de l’Association médicale canadienne, si bien qu’aujourd’hui, les étudiants autochtones qui s’impliquent socialement peuvent toucher la bourse Dr John Big-Canoe.

Être père à 51 ans

Un message de persévérance

La rencontre du chef Wandat Max Gros Louis

L'entrée en médecine de Stanley Vollant

Stanley Vollant est un modèle d’espoir

L’intimidation et la solidarité autochtone

Au secondaire, je me sentais très isolé. J’étais victime de racisme et je vivais de l’intimidation, mais comme j’étais très timide et introverti, je n’avais pas vraiment d’amis à qui me confier. Les premiers mois ont été très difficiles pour moi, jusqu’à ce que des étudiants hurons plus âgés, de secondaire deux, trois et quatre, se rendent compte, dans l’autobus qui nous amenait à Loretteville, que je me faisais intimider. Ils ont alors commencé à me défendre, même si je n’étais pas de la même nation qu’eux. Ces jeunes Wendats ont clairement fait savoir aux non-Autochtones que s’ils touchaient à un seul de mes cheveux, ils allaient avoir de leurs nouvelles! Je me suis ensuite senti plus respecté, plus protégé, plus accepté. Je subissais encore un peu d’intimidation, et je me faisais appeler le « sauvage » à l’occasion, mais c’était fait de façon beaucoup moins violente. Cela m’a permis de tranquillement faire ma place et de lier de belles amitiés avec certains Wendats.

Témoignage de Sabrina Godbout

L'histoire du couple Tanguay

Prophétie innue

À la fin de mes études, en 1994, je suis allé pratiquer à Baie-Comeau et dans le cadre de mes activités professionnelles, je passais une journée par semaine dans mon village. J’y ai soigné plusieurs ainés, qui m’ont dit qu’ils n’étaient pas du tout surpris que je sois devenu médecin. Ils m’ont alors parlé de la vieille prophétie qui annonçait qu’il y aurait un jour un médecin innu. Pour eux, ce n’était pas un hasard que je pratique la médecine. Ils m’ont aussi parlé de mon arrière-grand-mère, Clarisse, qui a été l’une des dernières femmes chamanes de mon village. Elle est décédée quand j’avais trois ans, et je n’en avais gardé aucun souvenir, mais on m’a raconté qu’elle venait me voir toutes les semaines et me prenait quelques heures avec elle. Selon les ainés, j’étais le seul de ses arrière-petits-enfants qui avait droit à un tel traitement. Pour eux, elle m’avait choisi et elle m’avait transmis ses dons de guérisseur. En grandissant, je ne savais rien de tout ça et j’ai fait mes propres choix de carrière. Mon côté pragmatique et scientifique a beau se dire que tout ça est le fruit du hasard, l’autre aspect de ma personnalité, plus holistique et plus autochtone, est quant à lui convaincu que de devenir médecin était ma destinée. Et je trouve que ça a du sens, ça boucle le cercle. C’est une belle histoire que je transmettrai à mes enfants, une histoire qui donne un sens à ma vie.